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Discours de la cérémonie du 8 mai 1945

“Au moment d’écrire ces quelques mots, une impression revient chaque année : celle d’avoir déjà tant dit, tant entendu, tant partagé lors de ces cérémonies mémorielles qui nous rassemblent autour des pages les plus décisives de notre histoire.

Depuis que je suis maire, j’ai cherché, année après année, les mots les plus justes pour évoquer les millions de vies brisées, les familles déchirées, les blessures profondes laissées par cette période tragique. Se souvenir des pires atrocités, des exactions les plus inhumaines, pour qu’elles ne se reproduisent jamais. C’est chaque année le message que nous martelons avec conviction

Pourtant, la montée des tensions à travers le monde fait écho aux événements que, chaque année, en ce 8 mai, dans toutes les villes de France, nous voulons précisément tenir à distance en rappelant leur horreur et en honorant la mémoire des soldats et des civils engagés durant la Seconde Guerre mondiale.

Déportations, exterminations de peuples entiers, tortures, bombardements, assassinats de civils… tout cela a existé. Ces violences ont marqué durablement des générations de femmes et d’hommes, touchées directement ou indirectement par la haine, la brutalité, l’injustice profonde qu’engendre toute guerre, qu’elle frappe aveuglément ou qu’elle désigne sciemment ses victimes.

Et que fait l’humanité de ces expériences de souffrance et de destruction ? Trop souvent, elle les reproduit. De l’Ukraine à l’Iran, de Gaza à Israël, du Liban à l’Afghanistan ou encore au Pakistan, pour ne citer que quelques exemples, les conflits continuent de ravager des peuples entiers.

Notre continent demeure, pour l’heure, à l’abri de ces guerres ouvertes, même s’il y est parfois impliqué indirectement.

Au cours de la seconde guerre mondiale les pays engagés ont connu six années d’un affrontement total. Six années de persécutions et de souffrances, qui ne se sont pas conclues par un simple armistice, mais par la capitulation sans condition de l’Allemagne hitlérienne.

Ces six années ont laissé la France exsangue et meurtrie, endeuillée, marquée à jamais par les stigmates du fascisme, du nazisme, du franquisme et du régime de Vichy.

Alors, le 8 mai 1945 fut une libération majeure. La fin de la peur quotidienne, des privations, des injustices et des stigmatisations. La fin de la haine institutionnalisée, de l’antisémitisme, de la prétendue « théorie des races ».

Et pourtant, force est de constater qu’aujourd’hui en France et dans le monde, certains continuent d’instiller cette haine de l’autre qui a tant fait de mal. Voulons-nous revivre ces heures horribles ? Peut-on chaque année rendre hommage à tous ceux qui sont tombés pour un monde de paix et de tolérance et dans le même temps accepter toutes les dérives que nous constatons chaque jour ?

Ne tournons jamais la page de ces tragédies. L’oublier serait nier les souffrances endurées, les ravages causés. Conservons au contraire cette mémoire vivante, comme un rempart, un bouclier contre toutes les formes de violence et de racisme, afin de protéger ce que nous avons de plus précieux : notre République, une et indivisible, garante de la liberté, de l’égalité et de la fraternité.

Oui, la République est une flamme, et il appartient à chacun de veiller à ce qu’elle ne s’éteigne jamais.

C’est aux jeunes générations que je souhaite particulièrement m’adresser aujourd’hui, au-delà de l’hommage sincère et respectueux rendu à nos morts. Modestement, à mon niveau , je leur dis : Ne tournez jamais la page. C’est ainsi que l’on se construit, et que l’on contribue à bâtir un monde plus juste et plus pacifique.

Je vous remercie de votre attention.”

Daniel Ballester

Maire de Valras-Plage